Annie Paule Thorel

Artiste

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Entretien radiophonique avec Annie Paule Thorel

par Claire Colin-Collin et Sylvain Roche | In situ

Dans l’atelier une centaine de pots de couleur, un par couleur ou nuance de couleur, l’encaustique se faisant au bain-marie pour liquéfier la couleur, donc un réchaud et une étagère accueillant les pigments dans des bocaux. Ces matériaux permettant la fabrique des couleurs.

Sur les murs les peintures en cours d’élaboration. Elles se mènent de front durant un temps plus ou moins long.

Contre les murs, visibles ou non, les peintures récentes qui peuvent être consultées pour examen et réflexion.

Des rangements pour des travaux qui se stockent à plat.

Une grande table sur laquelle je peux travailler à l’encaustique sur des supports légers ou petits.

Un travail possible à la verticale des murs et à l’horizontale de la table.

Une lumière qui vient de plusieurs velux et d’une fenêtre, une lumière différente durant la journée et selon le temps mais qui permet de travailler à la lumière du jour et de mesurer les variations que cette lumière entraîne sur la perception des peintures.

L’atelier est un lieu d’expérimentation où j’accumule la connaissance de mes instruments afin de tenter – comme dans n’importe quel laboratoire de recherche – l’expérience inédite ici de la peinture.

Pénétrer dans l’atelier est toujours un moment intense. Retrouver le travail en cours, s’en ressaisir pour le placer à l’aune de l’enjeu de départ. Car mon métier est d’apprendre à connaître les conditions d’une apparition et d’affiner la faculté de la produire.

Un inconnu/connu donc, car bien sûr il y a l’expérience de toutes les peintures précédentes, inconnu dans l’attente des surprises qui accompagnent le devenir d’une chose nouvelle.

L’atelier est cette chambre à soi où je me sens à ma place et où tout devient plus vaste. Où l’intensité des émotions se joue dans une langue où les mots s’absentent, les images reculent, le silence s’installe, et dans lequel je ne ressens plus l’oppression, le mensonge, la folie de ce monde, mais dans lequel je garde l’éblouissement éprouvé du vivant et de la peinture afin de créer un espace mystérieux de concorde.

Annie Paule Thorel